Les intermittents résistent.
507 heures maintenues : le Medef recule, mais la menace n’est pas levée
En février 2026, le Medef a tenté de faire passer le seuil d’heures de l’intermittence de 507 à 557. Face à la mobilisation du secteur, il a reculé. Une victoire partielle — mais le patronat a déjà annoncé vouloir rouvrir le dossier en 2028.
En février 2026, alors que le secteur culturel encaissait déjà de lourdes coupes budgétaires, le Medef a tenté de relever de 50 heures le seuil nécessaire pour ouvrir des droits à l’intermittence du spectacle. Rapidement, la mobilisation syndicale a contraint le patronat à reculer. Toutefois, ce recul ne signifie pas la fin du combat : plusieurs menaces restent bien réelles.
La proposition du Medef
Le 10 février 2026, dans le cadre des négociations UNEDIC sur l’assurance chômage, le Medef a annoncé vouloir porter le seuil d’heures de 507 à 557 heures sur 12 mois pour les artistes et techniciens des annexes 8 et 10. En réponse, la CGT Spectacle a publié immédiatement un communiqué de refus et a appelé à la mobilisation.
La mobilisation du 25 février
Répondant à l’appel de la CGT Spectacle, 1 500 personnes se sont rassemblées devant le siège de l’UNEDIC à Paris. Partout en France, des professionnels ont également convergé vers les antennes locales du Medef. Sur plusieurs tournages et dans de nombreux lieux de spectacle, la grève a été observée malgré la difficulté à faire valoir ce droit dans le secteur.
Le recul du 26 février
À l’issue de la dernière séance de négociation, le patronat a finalement retiré sa demande de passage à 557 heures. Les 507 heures sont ainsi maintenues. Néanmoins, la CGT a qualifié ce résultat de victoire seulement partielle et a annoncé que la mobilisation devait continuer.
Afin de mesurer l’ampleur de ce qui était en jeu, il convient d’examiner les données disponibles. Ces estimations proviennent de la CGT Spectacle, qui s’appuie sur les chiffres UNEDIC 2022 — seules projections publiques disponibles à ce jour.
Ce que ces chiffres signifient en pratique
En 2024, on comptait environ 300 000 intermittents en France, dont environ 150 000 indemnisés. Autrement dit, près d’un indemnisé sur quatre aurait basculé hors du régime — dans un secteur qui subissait déjà des coupes budgétaires sans précédent.
Il ne s’agit pas d’une première. En réalité, le patronat tente de durcir l’accès au régime des intermittents depuis les années 1990, de manière récurrente et méthodique.
Les tentatives précédentes
- Dans les années 1990, les premières tentatives de remise en cause des annexes 8 et 10 échouent face à la mobilisation du secteur.
- En 2016, une victoire syndicale majeure est obtenue : retour au seuil de 507 heures sur 12 mois, en remplacement du système des 507 heures sur 319 jours, plus restrictif.
- Le 27 octobre 2023, un accord sectoriel est signé unanimement par les syndicats et les employeurs du spectacle (FESAC). Quelques jours plus tard, toutefois, le Medef le rejette lors des négociations interprofessionnelles.
- En novembre 2024, lors d’une précédente négociation UNEDIC, le patronat proposait déjà 580 heures pour les artistes et 610 heures pour les techniciens. Là encore, la mobilisation l’a contraint à reculer.
- Enfin, en février 2026, nouvelle tentative à 557 heures — et nouveau recul sous pression syndicale.
Une stratégie de long terme assumée
Un recul qui ne règle rien
507 heures maintenues, certes. Pourtant, ce résultat ne change rien à la situation réelle des professionnels du secteur. En effet, les coupes budgétaires dans la culture restent massives. Par ailleurs, le FONPEPS a été revu à la baisse. Enfin, l’accord professionnel de 2023 — signé unanimement par les syndicats du spectacle — a été balayé d’un revers de main lors des négociations interprofessionnelles.
Un plancher déjà insuffisant
Défendre les 507 heures, c’est en réalité défendre un minimum déjà très bas. Rappelons ainsi que 95 % des artistes-auteurs sont au RSA (chiffre SUD Culture, 2024). De surcroît, l’accès aux arrêts maladie bien indemnisés reste très limité pour les intermittents. Certaines catégories entières — guides-conférenciers, techniciens des festivals de cinéma — ont d’ailleurs déjà été exclues du régime ces dernières années.
Une victoire défensive, pas offensive
Certes, la mobilisation de février 2026 a prouvé que le secteur sait se défendre collectivement. Néanmoins, tenir le statu quo n’est pas une avancée. Tant que le régime de l’intermittence du spectacle restera sur la table des négociations interprofessionnelles — là où le Medef peut le remettre en cause à chaque round — les 507 heures resteront fragiles.
Plusieurs points demeurent ouverts à l’issue de la négociation de février 2026. Il est donc essentiel de les connaître pour comprendre que le dossier n’est pas clos.
Les menaces financières immédiates
- Gel des revalorisations d’allocations. Le patronat a en effet annoncé sa volonté de bloquer les augmentations annuelles des allocations chômage en juillet 2026, pour tous les demandeurs d’emploi, intermittents inclus. Il s’agit ainsi d’une perte de pouvoir d’achat progressive et silencieuse.
- Économies massives sur les demandeurs d’emploi. Par ailleurs, l’accord issu de cette négociation prévoit près d’un milliard d’euros d’économies, sans aucune contribution patronale supplémentaire — soit plus du double de ce que demandait le gouvernement.
Les dossiers structurels non résolus
- 2028 déjà annoncé. Les organisations patronales ont publiquement affiché leur intention de rouvrir le dossier des intermittents lors des prochaines négociations. Il ne s’agit donc pas d’une rumeur, mais d’une déclaration assumée.
- L’accord de 2023 toujours ignoré. Signé le 27 octobre 2023 par l’ensemble des syndicats et employeurs du spectacle, cet accord professionnel n’a toujours pas été intégré. Il prévoyait pourtant des avancées concrètes : meilleure prise en compte des congés maladie et paternité, revalorisation des allocations plancher.
Sources vérifiées : CGT Spectacle / SPIAC-CGT (communiqué 10 fév. 2026) • SUD Culture Solidaires (22 fév. 2026) • SNJ-CGT (26 fév. 2026 — résultat négociation) • La Vie Ouvrière / NVO (12 fév. 2026) • Scèneweb (20 fév. 2026) • Révolution Permanente (23 fév. 2026) • Journal du Net (9 nov. 2024 — précédent recul Medef)



